mercredi 14 décembre 2016

Divergente.

Ou quand ta nouvelle conseillère Pôle Emploi, à qui tu viens de faire un point sur ta situation qu'elle ne connaissait pas, conclut par un "Vous avez eu pas mal de divergences quand même".



Si je ne le savais pas déjà, ce serait le genre de phrases qui pourrait me faire me remettre en question "Oui, tiens, c'est vrai ça. Il y a régulièrement un soucis. Mais alors, ça viendrait de moi ?". Or j'ai appris que celui qui a tort n'est pas toujours celui qu'on croit.

Notre éducation, notre culture, notre société, la bienpensance, les principes, la morale... tout dans notre vie est là pour nous rappeler que les choses sont faites en fonction de la majorité. On ne peut décemment pas faire du cas par cas pour sept milliards d'êtres humains. Il est donc entré dans les mœurs que si une personne se retrouve seule face à dix autres, la majorité l'emporte et les dix ont raison. Mais le Code de la Chevalerie nous enseignerait que si une personne est seule face à dix autres, il faut toujours être du côté de celui qui est seul. Comme quoi, selon le point de vue duquel on se place, la situation peut être totalement différente.
On nous enseigne également qu' "Au royaume des aveugles, le borgne est roi". Mais prenez dix cons face à un moins con et il aura juste à fermer sa mouille (Oui, Kaamelott m'inspire aujourd'hui). Car au royaume des aveugles, il n'y a que le borgne pour savoir que les autres sont aveugles, rien ne les oblige donc à le croire. Et comme disait André Dussolier dans Tais toi : "Il faudrait construire des asiles pour les cons. Mais vous imaginez la taille des bâtiments...".

Il a ensuite fallu cocher tout un tas de cases "Oui", "Non", "Besoin", "Appui" et je ne sais trop quoi pour répondre à diverses questions. Quand est arrivé celle sur la communication, elle a fait sa petite popotte elle-même en me disant "Non, ça, vous savez parler". Hm. Ok ? Savoir parler et avoir une bonne communication ce n'est pas la même chose. D'ailleurs, je suis même plutôt pourrie sur le sujet. Soit je m'affirme trop, soit pas assez et mon franc-parler ne plait pas à tout le monde. No balance-girl hello. Mais je le sais, c'est déjà ça.

Alors oui, j'ai eu des divergences d'opinions, des problèmes d'intégration, des difficultés de compréhension de certaines façons de faire qui paraissent pour moi illogiques, des intérêts non partagés... et je dois sûrement me remettre en question sur certains points. Mais pourquoi serais-je la seule en cause ? Pourquoi, sous prétexte que presque partout où je passe les choses dégénèrent, je devrais être la seule tenue pour responsable ?
Je ne me crois ni meilleure ni pire et chacun a ses petits travers. Mais dans une société qui ne fonctionne pas et où la grande majorité fonctionne de la même manière (vous voyez où je veux en venir ?), je ne suis pas certaine qu'il faille à tous les coups blâmer le vilain petit canard pour la mauvaise conduite des autres.

jeudi 17 novembre 2016

Eat. Pray. Love.

Ou le jour où j'ai vraiment compris ce que je voulais faire de ma vie.



Bon, quand même, je le savais déjà un peu hein. Mais parfois il faut pas grand chose pour que le fond fasse surface. Et quand ça vous arrive dans la tronche, c'est comme une énorme claque. Un "Bon sang mais c'est bien-sûr !" qui résonne d'un coup pour ne plus jamais s'arrêter.


Il y a quelques temps j'ai lu que certains chercheurs auraient mis au jour un "gêne du voyage". Il ne m'a pas fallu longtemps pour me dire qu'avec mes origines du nord et du sud combinées et vu mes envies, si cela est vrai, je devais sûrement l'avoir et pas qu'un peu. Car je ne vous parle pas ici d'une simple envie de voir le monde, non. Ca va bien plus loin que ça.
Je me suis souvent demandé pourquoi j'avais l'impression de ne pas être à ma place, pourquoi je sortais rarement de chez moi, pourquoi j'avais rarement envie de voir des gens, pourquoi je me réfugie plus facilement dans la fiction que dans la réalité en regardant les trains passer...
Il y a des choses que l'on cache et que l'on garde pour soi. Il y en a même que l'on garde de soi. Que l'on enfouit très profondément et que l'on ne veut pas s'avouer. Et puis un jour... cela vous bouffe tellement de l'intérieur que cela vous envahit.

Je n'ai absolument aucun ressentiment envers les gens qui me sont proches. Après tout, chacun voit et fait sa vie comme il l'entend. Je comprends que certains n'aient tout simplement pas envie. Qu'une vie "simple", sans se poser trop de questions leur suffise. Ou que d'autres aimeraient mais ne peuvent/n'y arrivent pas pour diverses raisons (comme mon père qui rêve de traverser les Etats-Unis en moto ou de skier au Canada mais qui n'ose déjà pas prendre l'avion pour une heure alors imaginez huit)... J'ai souvent espéré et attendu que les gens m'inspirent. Avec leurs beaux projets, leurs belles paroles, leurs rêves, leurs envies... car je n'avais pas le courage de prendre les décisions, ou alors je me trouvais toujours des excuses. Et puis un jour j'en ai eu marre de les écouter et de ne pas les voir faire et je me suis dit "Merde, c'est plus possible, tu vas pas passer ta vie à faire pareil. Parler, parler, parler...". Et j'ai réalisé que si l'inspiration et le courage ne venaient pas d'ailleurs, il fallait qu'ils viennent de moi, pour moi-même.

Je ne veux pas de cette vie.
Je veux mon Eat Pray Love à moi. Je veux partir. Et revenir le moins souvent possible. Je veux une vie de nomade, un truc de fou, extraordinaire, au gré de mes envies et des projets que la vie me présentera. Je veux écrire, réaliser, aider, voir, entendre, goûter, rencontrer, découvrir, partager... Je veux en prendre plein les yeux et les oreilles. Je veux une vie pleine de vieS. Je veux ETRE plus que d'avoir. Ou si je dois avoir, que ce soit des souvenirs, des images, des rires, des pleurs, des peurs, des passions...
Je veux réussir à mettre de côté ce sentiment persistant de culpabilité de laisser les gens que j'aime derrière pour vivre MA vie non plus en fonction de leur peine mais de la mienne.


Je veux être ailleurs. Chez moi. Partout. Je veux voir le monde. Je veux vivre le monde. Je veux être le monde. Et me dire, à la fin, que même si une vie ne suffit pas, elle aura quand même été bien remplie.

mercredi 27 juillet 2016

Someday.

Monday, Tuesday, Wednesday, Thursday, Friday, Saturday, Sunday...
There is no Someday.



Non. "Un jour" ne fait pas partie des jours de la semaine. "Un jour", c'est Aujourd'hui.
En période de décisions importantes, mes insomnies me reprennent. Les heures défilent plus vite que je ne le voudrais et les cigarettes aussi. Mon cerveau carbure à 300 à l'heure (à peine plus vite que le reste du temps me direz-vous) et mes nuits s'emplissent de questions et d'un besoin irrépressible d'y répondre là, tout de suite, maintenant.

Je suis devenue accro aux vidéos TEDx Talks. Et la liste de mots clés s'allonge de jour en jour. Rêve, passion, talent, dépression, solitude, gifted, dreams, life, purpose... et j'en passe. Je me sens inspirée, motivée, j'apprends des choses, j'en mets d'autres de côté, je fais le tri... Découvrir ces personnalités me fait me découvrir moi-même (un peu plus). Mais pendant que je les regarde, je ne fais rien d'autre que les regarder.
Etre inspirée, c'est bien. S'en inspirer, c'est mieux.
Alors aujourd'hui je voudrais partager avec vous une idée, comme ça, qui a fait son chemin en combinant diverses interventions (merci cerveau).




Oui. Le temps continuera avec ou sans vous. Vous ne pouvez pas l'arrêter, le créer, le modifier. Il est là.
Et vous aussi.

Après toutes ces vidéos, j'en suis arrivée à la conclusion qu'il y a bel et bien une recette pour réaliser ses rêves. "Rêver, oser, travailler, ne pas abandonner" (Xavier Dolan).
Le problème, c'est que c'est souvent l'étape entre "Rêver" et "Oser" qui coince. Cette marche de l'escalier sur laquelle on a peur de mettre le pied, ne sachant pas dans quoi on s'embarque. Mais Bibi a une idée, rappelez-vous, c'est même tout le but de cet article.

MENTIR.
Enfin, pas tout à fait. Mais un peu quand même.
  
Ouais. Un peu quand même. Du moins, au début.
M'voyez, le but c'est de se conditionner. De tromper votre propre cerveau. Quand on vous demande ce que vous faites dans la vie (ce qu'elle est chiante cette question), ne dites plus ce que vous faites mais ce que vous voulez être. Ce truc qui vous anime, que vous crevez d'envie de faire et que vous regretterez toute votre vie si vous ne vous lancez pas "aujourd'hui" (on a dit qu'on rayait "un jour" de la liste de votre vocabulaire). Et j'insiste bien au passage sur Etre et non Faire. Faire, on s'en fout. Tout le monde peut faire quelque chose. Etre, c'est autre chose. Une chose qu'on ressent au fond de soi, qu'on ne sait pas expliquer. Une incarnation, un besoin, un truc viscéral. Etre, c'est répondre à la question Pourquoi avant de répondre à Comment et Quoi. On EST. "Je suis guitariste" en dit plus sur vous que "Je fais de la guitare". N'importe qui avec une guitare plus ou moins accordée, une oreille à peu près musicale et quelques doigts peut gratter 3 accords sur des cordes. Voilà pour l'exemple.

Maintenant pour la suite.
Si vous n'avez jamais suivi votre rêve et que vous vous sentez frustré au quotidien à cause de ça, c'est que vous vous mentez à vous-même (et aux autres par la même occasion, en cachant ce que vous êtes) depuis des années. Pour de mauvaises raisons. Vous ne serez jamais pleinement heureux en suivant une voie qui ne vous convient pas (ou moins). Alors, quitte à mentir, autant le faire pour de bonnes raisons. Et c'est bien là que réside toute l'astuce.
Jusqu'à hier, quand vous parliez de ce que vous faites et non de ce que vous êtes, votre interlocuteur ne devait pas voir souvent cette petite flamme de la passion animer votre regard. Au contraire. Il y a toujours cette petite voix à l'intérieure, à la fin de la réponse, qui nous dit "mais si je pouvais, je ferai autre chose".
Alors à partir d'aujourd'hui, MENTEZ. Le but n'est pas de convaincre à tout prix les autres mais de vous convaincre vous-même. Vous voulez devenir astrophysicien ? Dites que vous êtes en formation pour. Vous voulez devenir chanteur ? Dites que vous l'êtes. Bref, inventez quelque chose en rapport avec ce rêve (oui, il faut le faire avec tout le monde, ceux qui vous connaissent seront peut-être surpris quand ils vous demanderont "alors, qu'est ce tu fais en ce moment ?" mais passées les 90 secondes qu'il faut pour digérer l'information, ils vous poseront des questions bien plus intéressantes).

Voilà, vous avez osé.
Aux yeux du monde, vous êtes ce que vous vouliez être.

Et sans le savoir, vous avez peut-être déjà mis en branle votre destin. Concrétiser un rêve c'est aussi savoir s'entourer des bonnes relations, des gens qui vous soutiendront dans vos démarches NoMatterWhat et cet ami à qui vous n'aviez jamais osé en parler vous présentera peut-être la semaine prochaine LA personne qui changera votre vie, ce dont il n'aurait jamais eu l'idée si vous n'aviez pas abordé le sujet.

Ce qui nous amène à "Travailler" et "Ne pas abandonner". Parce qu'à partir de maintenant, seulement deux choix s'offrent à vous. La petite voix intérieure qui avant vous disait "Si je pouvais, je ferai autre chose" va à présent vous dire "Qu'est ce que je vais bien pouvoir leur raconter la prochaine fois que je vais les croiser ?". Soit vous Travaillez pour faire en sorte que ça arrive vraiment et ne pas avoir à mentir la fois suivante et vous vous forcez vous-même à vous mettre en mouvement, soit vous vous dites "Bon, c'était bien marrant ses conneries à l'autre là mais faudrait voir à redevenir sérieux" et vous décidez d'arrêter là l'expérience.
La troisième option c'est que vous allez continuer de mentir pendant quelques temps avant de réussir à vous convaincre vous-même que vous pouvez le faire. Et dans ce cas, j'espère que vous êtes assez calé sur votre sujet pour tenir la distance (en espérant pour vous qu'elle ne soit pas trop longue tout de même) parce qu'inventer quelque chose de nouveau à chaque fois va vous demander beaucoup d'imagination, de connaissances et de mémoire. Ce serait bête de vous griller tout seul pour un détail oublié qui vous paraissait pourtant si insignifiant.

Et ce serait surtout encore plus bête de gâcher votre énergie à mentir trop longtemps au lieu de la mettre au service de la réalisation réelle de votre rêve.
Alors Rêvez, osez, travaillez et n'abandonnez jamais.


Je suis une Virgule,
et je suis Auteure-Réalisatrice.
 


mercredi 29 juin 2016

Steak de Tofu.

Sans vouloir manquer de respect à qui que ce soit...



Oui, je suis utopiste. Oui, j'emmerde les gens. Oui, je me fais souvent l'avocat du Diable et ça ne plait pas à tout le monde. Oui, je l'assume.
Non, je ne deviendrai pas végétarienne, végétalienne, antispéciste ou peu importe le nom que vous voulez lui donner. Oui, je l'assume aussi.
Je l'assume car comme je le disais plus haut, je suis utopiste. Mais être utopiste ce n'est pas être extrême. Etre utopiste c'est imaginer un monde où l'équité a sa place. Et je dis bien équité, et non égalité. Vouloir l'égalité ce n'est finalement vouloir qu'un fourre-tout qui ne permette rien de plus que de mettre tout-le-monde dans le même panier pour que tout-le-monde soit content, sans aller plus loin. L'équité, ça force à réfléchir un peu plus pour se poser les bonnes questions. Forcément, ça complique la tâche.

 
©Libération


Mais revenons en à nos légumes-moutons. Non, je ne serai pas végan-whatever.
Bien que je trouve tout à fait louable qu'on ne veuille plus manger d'animaux pour leur éviter une souffrance réelle et largement démontrée dans de nombreux cas, j'ai du mal à voir le but final de la manœuvre à moins que la planète entière devienne non-mangeuse-de-viande (ce qui, soyons parfaitement honnêtes, n'arrivera jamais). Même quelques centaines de milliers d'antispécistes sur une population de plus de 7 milliards (9 d'ici 30 ans, rappelons le) ne suffiront pas à casser la balance des lobbies agroalimentaires. Et quand bien même ce serait le cas, il est peu probable qu'une rupture brutale se fasse. Il faudra de longues années pour arriver à un tel résultat et cela ne se fera pas sans qu'on réduise petit à petit nos productions de viandes tout en augmentant nos productions végétales et céréalières. Sinon, que faire des millions de pauvres bêtes en liberté qui continueront de se reproduire sans contrôle ? Les tuer ? Pour en faire quoi ? Les manger ? Non, on a dit qu'on les mangeait plus. Ah. Dilemme.
Car finalement, le problème ce n'est pas ce qu'on mange mais comment on le produit et comment on le consomme. Pendant que le lion regardera tranquillement passer le troupeau de gazelles une fois repu, l'humain remplira ses placards et son frigo et en jettera une bonne partie.

Je ne deviendrai pas antispéciste car cela voudrait dire que j'abandonne tout espoir que le monde peut changer. "Mais si plus personne ne mange de viande, cela voudra dire que le monde aura changé" me direz-vous. Oui. Mais non. Cela voudra seulement dire qu'on sera passé d'un extrême à l'autre sans chercher les solutions au milieu. Et moi, c'est justement les solutions au milieu qui m'intéressent.
Reprenant le principe de base que même si l'on voulait tous devenir antispécistes il faudrait des années pour y arriver, pourquoi ne pas simplement appliquer les idées sans pour autant tous devenir antispécistes ? Comment, de "engloutisseurs de barbaque incontrôlables qui laissent crever 4/5 de sa population tout en l'exploitant" on passe à "gentils humains respectueux de la biodiversité qui ne produiront plus des milliers de tonnes de bouffe qui finiront à la poubelle tout en s'occupant des 4/5 de laissés pour compte qui pourraient largement être nourris sans être exploités" sans passer par la case "on bouffe plus de viande".

Alors, comment ?

jeudi 5 mai 2016

Lettre ouverte à Madame El Khomri.

Madame la Ministre,

J’observe de loin, depuis quelques temps, l’agitation qui gronde autour de votre projet de loi. Le débat fait rage, le peuple s’approprie la rue, les députés n’en veulent pas, la violence augmente et vous évoquez la possibilité d’un 49-3.
Oui mais voilà, vous êtes coincée. Si la loi ne passe pas ce sera un échec, telle la déchéance de nationalité qui nous aura causé bien des polémiques pour au final : rien. Et si vous passez en force, vous devrez vous préparer à faire face au tremblement de terre qui sommeille derrière le grondement. Il ne vous reste alors plus qu’une solution : convaincre l’Hémicycle du bien fondé de votre projet. Et la tâche n’est pas aisée.

Je dois vous avouer, Madame la Ministre, que de mon regard lointain, votre petite réformette me fait doucement sourire. Je vous le concède, à votre niveau cela n’a rien d’une réformette, c’est même une vraie réforme portée à bouts de bras et défendue corps et âme depuis plusieurs semaines. Mais à l’échelle du Gouvernement, ce n’est qu’une goutte d’eau dans un verre bien vide. Car c’est l’impression que vous donnez, vous, les « Décideurs ». Chacun fait son petit plan dans son coin sans jamais demander son avis à son voisin. Sauf qu’un pays, ce n’est pas chacun qui réfléchit à sa petite affaire comme il a envie sans consulter les autres. C’est un effort commun pour aller dans la bonne direction.

C’est pourquoi, Madame la Ministre, je ne crois pas en votre projet. Ou en tout cas, je ne crois pas en votre projet seul, perdu en Atlantide si j’ose dire. Je ne vous ferai pas l’affront de vous asséner les habituels arguments que vous entendez à longueur de temps depuis l’annonce de cette loi. Non. Ma vision est bien plus globale que cela. Car l’accès au travail, ce n’est pas seulement l’accès au travail. C’est l’accès au logement, aux soins, aux activités extra-professionnelles, à la consommation et à tout ce qui fait que vivre n’est pas survivre. Tout ce qui fait que chaque proposition et décision devrait être pensée en concertation avec l’ensemble et non pas comme un pansement sur une plaie ouverte tandis que l’hémorragie interne s’étend.

Je comprends que les gens voient cette réforme d’un mauvais œil. Vous affirmez vouloir protéger les salariés sans pour autant leur donner les clés qui aideront à leur succès. Pourquoi alléger les conditions de licenciements sans, de l’autre côté, faire de même pour les conditions de démissions ? Vous semblez vouloir mettre de côté volontairement un point qui me parait essentiel : avoir un CDI n’est pas la garantie d’un bonheur immuable, surtout vu la tournure que prend le marché du travail pour les années à venir tandis que vous ajoutez des taxes sur les CDD. Beaucoup de salariés ne sont pas heureux dans leur travail. Aussi bien à cause des conditions qui leur sont imposées que de par la nature même de ce travail. Nombreux sont ceux qui souhaiteraient opérer une reconversion mais dans la conjoncture actuelle, avec un niveau de chômage si élevé, décider volontairement de quitter son emploi est vu comme une folie qui va même jusqu’à la stigmatisation. Et les Institutions elles-mêmes font tout pour dissuader le peu de gens qui réussissent à prendre leur courage à deux mains pour tenter leur chance. Vous souhaitez donner plus de flexibilité aux entreprise. Très bien. Mais ne pensez-vous pas, alors, que donner également plus de flexibilité aux salariés serait tout aussi légitime, afin de permettre à certains de laisser la place à d'autres ? Nous ne vivons plus à l'époque de nos parents, Madame la Ministre. Les estimations nous disent qu'à l'avenir une personne occupera en moyenne 3 à 5 postes différents au cours de sa carrière. Pourquoi vouloir à tout prix continuer à nous enfermer dans un schéma obsolète ?

Vous mettez en place le Compte Personnel d’Activité mais durcissez les conditions d’accès aux formations. Vous instaurez la nouvelle Prime d’Activité mais limitez son attribution. Vous voulez pousser l’apprentissage mais modifiez les conditions de travail des apprentis. Et regroupant tout ça, Madame la Ministre, quid des étudiants-salariés ? Je souhaiterai moi-même reprendre des études à la rentrée 2016. Ayant plus de 26 ans, après un rapide calcul, l’idée de me lancer a à peine eu le temps de m’effleurer que déjà je pensais à abandonner. Est-ce normal que, sous prétexte d’être Etudiant, une personne n’ait pas le droit aux mêmes prestations sociales pour le même nombre d’heures travaillées qu’une personne qui ne l’est pas ? Et je dis bien « nombre d’heures travaillées » car je ne compte même pas les heures de cours et le travail à fournir à côté pour espérer obtenir son diplôme dans des conditions pareilles. Est-ce encourager les gens que de leur dire « Faites plus et vous aurez moins » ? Est-ce là la façon dont vous traitez l’avenir de votre pays et de vos citoyens ?

Oui, votre petite réformette me fait sourire. Mais ce n’est pas que vous, Madame la Ministre. Oh non. C’est l’ensemble du fonctionnement actuel et dépassé des Gouvernements en place depuis 30 ans qui me fait sourire. Vous savez, en français on a pour habitude de dire « prendre un risque » quand dans les pays anglo-saxons on dira « take a chance ». Cette expression démontre à elle seule que dans notre pays tout changement est perçu comme un potentiel risque plutôt que comme une opportunité, ce qui nous empêche bien souvent d’aller au fond et au bout des choses. Je trouve cela bien dommage et dommageable pour l’évolution de notre nation.

Décidément, la France a bel et bien raté son entrée dans le XXIème siècle.

vendredi 29 avril 2016

Précarité.

Ou comment la France aime et encourage tellement ses étudiants qu'elle les maintient sous le seuil de pauvreté.

 

Hier, j'ai pris une décision : retourner sur les bancs de la Fac, comme la petite étudiante que j'étais il y a encore 10 ans. Mais depuis j'ai travaillé et j'ai surtout vieilli. Je ne suis plus une jeunette qui vient de passer son BAC et formule ses vœux sur le nouveau portail APB (Admission-postbac, ndlr), comme me le rappelle d'ailleurs gentiment le site en m'informant que vu mon parcours atypique, il vaut mieux "voir directement avec l'établissement visé".

Ma situation n'étant pas des plus stables en ce moment (recherche de boulot, bagarre avec Pôle Emploi, attente interminable de la CAF et autres joyeusetés), il était bien naturel que la suite de l'aventure m'amène à voir comment financer cette décision.


Ni une, ni deux, je charge mon ami Google de me filer un coup de main.
Quelques "bourses" (trop vieille), "RSA étudiant" (impossible), "Prime d'activité" et le tout combiné "étudiant salarié prime d'activité/RSA" plus tard, le couperet tombe : reprendre des études passé 26 ans quand t'as un loyer à payer "Mais quelle idée, nous allons t'en dissuader voyons, il fallait y réfléchir avant".

Autrement dit, reprendre des études à 30 ans, c'est savoir d'avance que tu vas vivre dans la précarité pour toute la durée de ton diplôme, et le tout dans la joie et la bonne humeur en te crevant la santé plus de 60 heures par semaine. Et ça, si bien-sûr tu as réussi à justifier au juge pourquoi tu ne voulais pas intenter un procès à tes parents pour les forcer à te verser une pension alimentaire quand t'as rempli le Cerfa pour avoir droit à la Prime d'activité.
Prime d'activité qui, bien évidemment, ne te sera versée que si tu travailles et touches au minimum 893,25€ net par mois. Ce qui ramené au taux horaire du SMIC correspond à peu près à 78%, soit 27h par semaine (un peu moins pour les chanceux qui réussissent à négocier un taux plus haut). Ajoutons à cela les 25 heures de cours et les heures passées à bosser, réviser...
Et tout ça, sans compter que comme tu n'as pas droit aux minima sociaux seuls, tu peux dire "Adieu veaux, vaches, cochons, complémentaire santé, transports gratuits et réductions diverses". Tu peux aussi presque dire adieu à tes APL car vu ce qu'il en reste, ils ne te verseraient plus rien que ça ne changerait pas grand chose...
Oh pardon, j'allais oublier. On est bien d'accord que ça c'est la version la plus enviable, voire idyllique de la situation ? Parce que soyons honnête, trouver un employeur qui accepte de te faire un planning au poil avec tes horaires de cours mais avec autant d'heures et de trous... C'est quasi mission impossible. C'est bien simple, en France cela ne représente que 12% des étudiants dont une grande partie "par défaut" puisque 78% du SMIC, c'est ce que touche un apprenti de plus de 21 ans en 3ème année. Les autres se partagent les miettes.
Sans oublier qu'à 30 ans, t'es censé devenir actif, réaliste, avoir un peu plus les pieds sur terre... Mais non ! Toi tu es un artiste, un vrai, un pur, et tu as l'audace de vouloir te former à un métier qui ne t'amènera que plus de précarité accompagné d'un statut sans cesse remis en cause : Intermittent du spectacle ! Tu parles d'une hérésie ! Non seulement tu veux reprendre des études mais en plus tu commets l'impair de ne pas choisir une formation qui débouche sur un secteur qui recrute, d'avoir des Rêves... Prépare toi déjà à en chier encore plus avant même d'avoir commencé.

Certains se diront "Oui, mais quand même, la France est généreuse, dans d'autres pays il n'y a pas tout ça, on devrait déjà s'estimer heureux". Et je serai d'accord, dans l'idée. Oui, ailleurs il n'y a pas tout ça. Mais ailleurs ils font avec d'autres problèmes et d'autres solutions. Cette comparaison permanente pour savoir quel pays a le meilleur taux de ceci, les meilleures solutions à ça, m'agace. Je ne vois pas pourquoi on devrait se contenter de ce qu'on nous donne et qui ne fonctionne pas sous prétexte que d'autres ont encore moins. Quand on vit dans le pays qui s'autoproclame "Pays des droits de l'Homme", prônant "Liberté, Egalité, Fraternité" sur les frontons des mairies, on s'attend à un minimum. Et on déchante vite quand on se rend compte que chaque décision est soit disant prise pour la majorité mais qu'on y rajoute tellement de conditions d'âge, de revenu, de temps de travail, de composition du foyer, de si vos parents vous donne une pension, de si vous avez une épargne et autres conneries en tout genre, qu'au final, plus de 80% sont laissés sur le bord de la route. Elle est belle la France. Elle est grande la France. Elle aide son peuple la France. Mais elle choisit qui est ce peuple.

Comme dirait Sarko, faut vraiment "avoir rien dans le cerveau".
Oui, pour rêver et espérer un meilleur avenir, un avenir qui nous plaise, nous motive, nous inspire, nous [r]éveille, nous épanouisse, qu'on a décidé, choisi, assumé et qu'on ne subira pas, il faut vraiment être con au point de croire qu'on a encore le choix...

Et moi, je suis la reine des Connes.