vendredi 29 avril 2016

Précarité.

Ou comment la France aime et encourage tellement ses étudiants qu'elle les maintient sous le seuil de pauvreté.

 

Hier, j'ai pris une décision : retourner sur les bancs de la Fac, comme la petite étudiante que j'étais il y a encore 10 ans. Mais depuis j'ai travaillé et j'ai surtout vieilli. Je ne suis plus une jeunette qui vient de passer son BAC et formule ses vœux sur le nouveau portail APB (Admission-postbac, ndlr), comme me le rappelle d'ailleurs gentiment le site en m'informant que vu mon parcours atypique, il vaut mieux "voir directement avec l'établissement visé".

Ma situation n'étant pas des plus stables en ce moment (recherche de boulot, bagarre avec Pôle Emploi, attente interminable de la CAF et autres joyeusetés), il était bien naturel que la suite de l'aventure m'amène à voir comment financer cette décision.


Ni une, ni deux, je charge mon ami Google de me filer un coup de main.
Quelques "bourses" (trop vieille), "RSA étudiant" (impossible), "Prime d'activité" et le tout combiné "étudiant salarié prime d'activité/RSA" plus tard, le couperet tombe : reprendre des études passé 26 ans quand t'as un loyer à payer "Mais quelle idée, nous allons t'en dissuader voyons, il fallait y réfléchir avant".

Autrement dit, reprendre des études à 30 ans, c'est savoir d'avance que tu vas vivre dans la précarité pour toute la durée de ton diplôme, et le tout dans la joie et la bonne humeur en te crevant la santé plus de 60 heures par semaine. Et ça, si bien-sûr tu as réussi à justifier au juge pourquoi tu ne voulais pas intenter un procès à tes parents pour les forcer à te verser une pension alimentaire quand t'as rempli le Cerfa pour avoir droit à la Prime d'activité.
Prime d'activité qui, bien évidemment, ne te sera versée que si tu travailles et touches au minimum 893,25€ net par mois. Ce qui ramené au taux horaire du SMIC correspond à peu près à 78%, soit 27h par semaine (un peu moins pour les chanceux qui réussissent à négocier un taux plus haut). Ajoutons à cela les 25 heures de cours et les heures passées à bosser, réviser...
Et tout ça, sans compter que comme tu n'as pas droit aux minima sociaux seuls, tu peux dire "Adieu veaux, vaches, cochons, complémentaire santé, transports gratuits et réductions diverses". Tu peux aussi presque dire adieu à tes APL car vu ce qu'il en reste, ils ne te verseraient plus rien que ça ne changerait pas grand chose...
Oh pardon, j'allais oublier. On est bien d'accord que ça c'est la version la plus enviable, voire idyllique de la situation ? Parce que soyons honnête, trouver un employeur qui accepte de te faire un planning au poil avec tes horaires de cours mais avec autant d'heures et de trous... C'est quasi mission impossible. C'est bien simple, en France cela ne représente que 12% des étudiants dont une grande partie "par défaut" puisque 78% du SMIC, c'est ce que touche un apprenti de plus de 21 ans en 3ème année. Les autres se partagent les miettes.
Sans oublier qu'à 30 ans, t'es censé devenir actif, réaliste, avoir un peu plus les pieds sur terre... Mais non ! Toi tu es un artiste, un vrai, un pur, et tu as l'audace de vouloir te former à un métier qui ne t'amènera que plus de précarité accompagné d'un statut sans cesse remis en cause : Intermittent du spectacle ! Tu parles d'une hérésie ! Non seulement tu veux reprendre des études mais en plus tu commets l'impair de ne pas choisir une formation qui débouche sur un secteur qui recrute, d'avoir des Rêves... Prépare toi déjà à en chier encore plus avant même d'avoir commencé.

Certains se diront "Oui, mais quand même, la France est généreuse, dans d'autres pays il n'y a pas tout ça, on devrait déjà s'estimer heureux". Et je serai d'accord, dans l'idée. Oui, ailleurs il n'y a pas tout ça. Mais ailleurs ils font avec d'autres problèmes et d'autres solutions. Cette comparaison permanente pour savoir quel pays a le meilleur taux de ceci, les meilleures solutions à ça, m'agace. Je ne vois pas pourquoi on devrait se contenter de ce qu'on nous donne et qui ne fonctionne pas sous prétexte que d'autres ont encore moins. Quand on vit dans le pays qui s'autoproclame "Pays des droits de l'Homme", prônant "Liberté, Egalité, Fraternité" sur les frontons des mairies, on s'attend à un minimum. Et on déchante vite quand on se rend compte que chaque décision est soit disant prise pour la majorité mais qu'on y rajoute tellement de conditions d'âge, de revenu, de temps de travail, de composition du foyer, de si vos parents vous donne une pension, de si vous avez une épargne et autres conneries en tout genre, qu'au final, plus de 80% sont laissés sur le bord de la route. Elle est belle la France. Elle est grande la France. Elle aide son peuple la France. Mais elle choisit qui est ce peuple.

Comme dirait Sarko, faut vraiment "avoir rien dans le cerveau".
Oui, pour rêver et espérer un meilleur avenir, un avenir qui nous plaise, nous motive, nous inspire, nous [r]éveille, nous épanouisse, qu'on a décidé, choisi, assumé et qu'on ne subira pas, il faut vraiment être con au point de croire qu'on a encore le choix...

Et moi, je suis la reine des Connes.

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