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lundi 22 décembre 2014

Le Bonheur des autres.

Le Bonheur des autres, c'est le titre du livre que Balthazar Balsan (A. Dupontel) écrit à la fin du film Odette Toulemonde (C. Frot). Et après avoir revu ce film, je ne sais pas si j'ai envie de vous parler de cinéma ou de bonheur. Peut être un peu des deux, puisque pour moi l'un ne va pas sans l'autre.

Vous avez dû vous rendre compte que le Cinéma Français actuel m'exaspère. Je ne dis pas qu'il n'y a pas quelques bons films dans le lot, entendons nous bien, mais je pense sincèrement qu'on pourrait faire mieux. Et je réalise que finalement, quel que soit le pays d'origine d'un film, ce qui m'intéresse vraiment c'est de savoir s'il a quelque chose à dire.
Peut être suis-je un peu trop exigeante, même parfois intolérante vis à vis de certaines choses, je ne le nierai pas, mais il me semble quand même que si on a la chance d'avoir des producteurs et de l'argent à disposition (sachant à quel point c'est difficile) on ne devrait pas faire un film juste parce qu'on peut faire un film. Ce genre ne m'intéresse absolument pas. Pire, il m'attriste.
Je ne parle pas là des films d'Action, Science-Fiction, Thriller, Fantasy, Fantastique et autres genres du Cinéma qui ne sont vus que comme du divertissement et à qui on ne demande pas toujours d'avoir un message de fond (à tort d'ailleurs, même si de temps en temps il faut bien trouver des raisons valables à certains de déconnecter leur cerveau...), mais plutôt de tous ces films potaches qu'on nous sert et ressert à tous les sauces possibles et imaginables (parfois même inimaginables).
Odette Toulemonde pourrait être un de ces films, un peu cucul de prime abord, mais qui finalement se laisse regarder avec plaisir et pose la fameuse question "qu'est ce qui me rend vraiment heureux ?". J'entends et je lis partout depuis quelques années que ma génération Club Do (comme on la décrit souvent en ce moment) et les suivantes semblent vouloir ne travailler qu'à une seule chose : leur bonheur. Plus personne ne veut faire un boulot dans lequel il ne s’épanouira pas et risquer un burn-out pour un truc qui le fait royalement chier (ce qui à mon avis active le processus plutôt qu'autre chose). Oui, nous passons pour des générations de fainéants et les grands de ce monde se demandent ce que nous réserve cet avenir constitué de tout un tas de mains avec des gros poils dedans.
Seulement un boulot ce n'est pas seulement le travail qu'on doit faire, c'est aussi la façon dont on nous le fait faire, le salaire, les collègues, la pénibilité (physique et psychique), les conditions de travail, la hiérarchie, etc et! le chômage. Car oui, l'inconnue x=chômage doit faire partie de l'équation. Comment voulez-vous faire comprendre à des gamins de 15 ans, qui entendent partout autour d'eux en permanence que le pays va mal et qu'il y a 4 millions de chômeurs, qu'il faut quand même qu'ils se bougent le cul pour faire des études histoire de pouvoir espérer, et seulement espérer, qu'à la sortie, s'ils ont la chance de trouver quelque chose, ils pourront peut être prétendre à un meilleur salaire. Ne cherchez pas, vous les avez perdu après "4 millions de chômeurs" et la seule réponse que vous obtiendrez est "A quoi ça sert de faire des études alors que toute façon y'a pas de taf, et puis en plus ils font chier avec leurs diplômes, soit on en a trop soit on en a pas assez et au final ça convient jamais à personne alors autant que je fasse un truc qui me plaît, ça changera pas grand chose".
Finalement, en repensant à mon dernier article, je me dis qu'on est peut être bien un peu tous des artistes. Avant, faire des études vous assurait à 90% d'avoir un travail à la sortie sauf si vous partiez dans des études artistiques. Maintenant bah... on est tous au même niveau, non ? Chercher du travail est devenu un travail. Je dirais même que c'est devenu un Art à part entière vu la créativité dont il faut faire preuve pour être choisi plutôt qu'un autre dans cette jungle désertique.
Eh bien faire du Cinéma, c'est pareil. Si on n'a rien à raconter, on ne sort pas plus du lot qu'un autre. On ne sera qu'un candidat supplémentaire sur la très longue liste du déjà-vu. On nous saluera pour l'effort, on nous remerciera d'être venu, on nous montrera la porte et à peine on l'aura passée qu'on appellera le candidat suivant. Sauf que dans ce cas précis il n'y a pas qu'un seul DRH mais des milliers voire des millions : les spectateurs. Et les spectateurs sont les pires DRH du monde. Certains montreront un peu de sympathie et peut être même de la compassion si on s'est vraiment foiré bien comme il faut mais dans 80% des cas, il ne faut pas se leurrer, on en prendra plein la tronche. Et ce sera normal ! Mais il paraît qu'on apprend de ses erreurs alors...
Il y a une réplique du film The Holiday que j'affectionne particulièrement. Arthur (E. Wallach) dit à Iris (K. Winslet) à peu près ça : "Vous vous cantonnez au rôle de la bonne copine alors que vous devriez être l'héroïne". Eh bien je crois que le bonheur c'est ça : vouloir être le héros de sa propre vie. Ecrire son propre film et avoir plaisir à le regarder quand on se retourne de temps en temps pour le contempler. Et il n'y a rien de mal à ça. Je ne vois pas pourquoi nous devrions nous sentir honteux de vouloir vivre vraiment plutôt que de regarder le temps qui passe. Le problème qui se pose après (et qui est une autre histoire) c'est que certains regardent le temps qui passe en attendant de savoir ce qui les rendra heureux et parfois, ça peut durer longtemps. Toute une vie même.
Il y en aura pour qui le film sera une tragédie et qui ne verront que ce qu'ils ont raté. Mais il faut espérer qu'à côté de ceux là d'autres sauront voir les moments de bonheur qu'ils ont su attraper au vol et qui ont mis un peu de couleurs sur ce tableau qu'ils pensaient si noir.

Pour l'instant, je ne sais pas vraiment à quelle catégorie j'appartiens. Il est difficile de savoir, malgré tout ce qui compose une vie, à quel moment précis on estime que l'on a réussi ou raté et encore plus difficile de savoir ce que l'on met dans la balance pour en arriver à une telle estimation. Malheureusement, découvrir sa propre balance et y mettre ses poids et ses plumes ne peut se faire que quand la fin de la pellicule pointe le bout de son nez et qu'on sait qu'il n'y aura probablement plus rien à mettre dessus...

Et vous, vous tenez quel rôle dans votre scénario ?