Sans vouloir manquer de respect à qui que ce soit...
Oui, je suis utopiste. Oui, j'emmerde
les gens. Oui, je me fais souvent l'avocat du Diable et ça ne plait
pas à tout le monde. Oui, je l'assume.
Non, je ne deviendrai pas végétarienne,
végétalienne, antispéciste ou peu importe le nom que vous voulez
lui donner. Oui, je l'assume aussi.
Je l'assume car comme je le
disais plus haut, je suis utopiste. Mais être utopiste ce n'est pas
être extrême. Etre utopiste c'est imaginer un monde où l'équité a sa place. Et je dis bien équité, et non égalité. Vouloir
l'égalité ce n'est finalement vouloir qu'un fourre-tout qui ne
permette rien de plus que de mettre tout-le-monde dans le même
panier pour que tout-le-monde soit content, sans aller plus loin.
L'équité, ça force à réfléchir un peu plus pour se poser les
bonnes questions. Forcément, ça complique la tâche.
Mais revenons en à nos
légumes-moutons. Non, je ne serai pas végan-whatever.
Bien que je trouve tout à fait louable
qu'on ne veuille plus manger d'animaux pour leur éviter une
souffrance réelle et largement démontrée dans de nombreux cas,
j'ai du mal à voir le but final de la manœuvre à moins que la
planète entière devienne non-mangeuse-de-viande (ce qui, soyons
parfaitement honnêtes, n'arrivera jamais). Même quelques centaines
de milliers d'antispécistes sur une population de plus de 7
milliards (9 d'ici 30 ans, rappelons le) ne suffiront pas à casser
la balance des lobbies agroalimentaires. Et quand bien même ce
serait le cas, il est peu probable qu'une rupture brutale se fasse.
Il faudra de longues années pour arriver à un tel résultat et cela
ne se fera pas sans qu'on réduise petit à petit nos productions de
viandes tout en augmentant nos productions végétales et
céréalières. Sinon, que faire des millions de pauvres bêtes en
liberté qui continueront de se reproduire sans contrôle ? Les tuer
? Pour en faire quoi ? Les manger ? Non, on a dit qu'on les mangeait
plus. Ah. Dilemme.
Car finalement, le problème ce n'est pas ce qu'on mange mais comment on le produit et comment on le consomme. Pendant que le lion regardera tranquillement passer le troupeau de gazelles une fois repu, l'humain remplira ses placards et son frigo et en jettera une bonne partie.
Je ne deviendrai pas antispéciste car
cela voudrait dire que j'abandonne tout espoir que le monde peut
changer. "Mais si plus personne ne mange de viande, cela voudra
dire que le monde aura changé" me direz-vous. Oui. Mais non.
Cela voudra seulement dire qu'on sera passé d'un extrême à l'autre
sans chercher les solutions au milieu. Et moi, c'est justement les
solutions au milieu qui m'intéressent.
Reprenant le principe de base que même si l'on voulait tous devenir antispécistes il faudrait des années pour y arriver, pourquoi ne pas simplement appliquer les idées sans pour autant tous devenir antispécistes ? Comment, de "engloutisseurs
de barbaque incontrôlables qui laissent crever 4/5 de sa population
tout en l'exploitant" on passe à "gentils humains
respectueux de la biodiversité qui ne produiront plus des milliers de
tonnes de bouffe qui finiront à la poubelle tout en s'occupant des
4/5 de laissés pour compte qui pourraient largement être nourris
sans être exploités" sans passer par la case "on bouffe
plus de viande".
Alors, comment ?
