Ou le jour où j'ai vraiment compris ce que je voulais faire de ma vie.
Bon,
quand même, je le savais déjà un peu hein. Mais parfois il faut
pas grand chose pour que le fond fasse surface. Et quand ça vous
arrive dans la tronche, c'est comme une énorme claque. Un "Bon
sang mais c'est bien-sûr !" qui résonne d'un coup pour ne plus
jamais s'arrêter.
Il y a
quelques temps j'ai lu que certains chercheurs auraient mis au jour
un "gêne du voyage". Il ne m'a pas fallu longtemps pour me
dire qu'avec mes origines du nord et du sud combinées et vu mes
envies, si cela est vrai, je devais sûrement l'avoir et pas qu'un
peu. Car je ne vous parle pas ici d'une simple envie de voir le
monde, non. Ca va bien plus loin que ça.
Je me
suis souvent demandé pourquoi j'avais l'impression de ne pas être à
ma place, pourquoi je sortais rarement de chez moi, pourquoi j'avais
rarement envie de voir des gens, pourquoi je me réfugie plus
facilement dans la fiction que dans la réalité en regardant les trains passer...
Il y a
des choses que l'on cache et que l'on garde pour soi. Il y en a même
que l'on garde de soi. Que l'on enfouit très
profondément et que l'on ne veut pas s'avouer. Et puis un jour...
cela vous bouffe tellement de l'intérieur que cela vous envahit.
Je
n'ai absolument aucun ressentiment envers les gens qui me sont
proches. Après tout, chacun voit et fait sa vie comme il l'entend.
Je comprends que certains n'aient tout simplement pas envie. Qu'une
vie "simple", sans se poser trop de questions leur suffise.
Ou que d'autres aimeraient mais ne peuvent/n'y arrivent pas pour
diverses raisons (comme mon père qui rêve de traverser les
Etats-Unis en moto ou de skier au Canada mais qui n'ose déjà pas
prendre l'avion pour une heure alors imaginez huit)... J'ai souvent
espéré et attendu que les gens m'inspirent. Avec leurs beaux
projets, leurs belles paroles, leurs rêves, leurs envies... car je
n'avais pas le courage de prendre les décisions, ou alors je me
trouvais toujours des excuses. Et puis un jour j'en ai eu marre de
les écouter et de ne pas les voir faire et je me suis dit "Merde,
c'est plus possible, tu vas pas passer ta vie à faire pareil.
Parler, parler, parler...". Et j'ai réalisé que si
l'inspiration et le courage ne venaient pas d'ailleurs, il fallait
qu'ils viennent de moi, pour moi-même.
Je ne
veux pas de cette vie.
Je
veux mon Eat Pray Love à moi. Je veux partir. Et revenir
le moins souvent possible. Je veux une vie de nomade, un truc de fou,
extraordinaire, au gré de mes envies et des projets que la vie me
présentera. Je veux écrire, réaliser, aider, voir, entendre,
goûter, rencontrer, découvrir, partager... Je veux en prendre plein
les yeux et les oreilles. Je veux une vie pleine de vieS. Je veux
ETRE plus que d'avoir. Ou si je dois avoir, que ce soit des
souvenirs, des images, des rires, des pleurs, des peurs, des
passions...
Je
veux réussir à mettre de côté ce sentiment persistant de
culpabilité de laisser les gens que j'aime derrière pour vivre MA
vie non plus en fonction de leur peine mais de la mienne.
Je
veux être ailleurs. Chez moi. Partout. Je veux voir le monde. Je
veux vivre le monde. Je veux être le monde. Et me dire, à la fin,
que même si une vie ne suffit pas, elle aura quand même été bien
remplie.