mercredi 29 juin 2016

Steak de Tofu.

Sans vouloir manquer de respect à qui que ce soit...



Oui, je suis utopiste. Oui, j'emmerde les gens. Oui, je me fais souvent l'avocat du Diable et ça ne plait pas à tout le monde. Oui, je l'assume.
Non, je ne deviendrai pas végétarienne, végétalienne, antispéciste ou peu importe le nom que vous voulez lui donner. Oui, je l'assume aussi.
Je l'assume car comme je le disais plus haut, je suis utopiste. Mais être utopiste ce n'est pas être extrême. Etre utopiste c'est imaginer un monde où l'équité a sa place. Et je dis bien équité, et non égalité. Vouloir l'égalité ce n'est finalement vouloir qu'un fourre-tout qui ne permette rien de plus que de mettre tout-le-monde dans le même panier pour que tout-le-monde soit content, sans aller plus loin. L'équité, ça force à réfléchir un peu plus pour se poser les bonnes questions. Forcément, ça complique la tâche.

 
©Libération


Mais revenons en à nos légumes-moutons. Non, je ne serai pas végan-whatever.
Bien que je trouve tout à fait louable qu'on ne veuille plus manger d'animaux pour leur éviter une souffrance réelle et largement démontrée dans de nombreux cas, j'ai du mal à voir le but final de la manœuvre à moins que la planète entière devienne non-mangeuse-de-viande (ce qui, soyons parfaitement honnêtes, n'arrivera jamais). Même quelques centaines de milliers d'antispécistes sur une population de plus de 7 milliards (9 d'ici 30 ans, rappelons le) ne suffiront pas à casser la balance des lobbies agroalimentaires. Et quand bien même ce serait le cas, il est peu probable qu'une rupture brutale se fasse. Il faudra de longues années pour arriver à un tel résultat et cela ne se fera pas sans qu'on réduise petit à petit nos productions de viandes tout en augmentant nos productions végétales et céréalières. Sinon, que faire des millions de pauvres bêtes en liberté qui continueront de se reproduire sans contrôle ? Les tuer ? Pour en faire quoi ? Les manger ? Non, on a dit qu'on les mangeait plus. Ah. Dilemme.
Car finalement, le problème ce n'est pas ce qu'on mange mais comment on le produit et comment on le consomme. Pendant que le lion regardera tranquillement passer le troupeau de gazelles une fois repu, l'humain remplira ses placards et son frigo et en jettera une bonne partie.

Je ne deviendrai pas antispéciste car cela voudrait dire que j'abandonne tout espoir que le monde peut changer. "Mais si plus personne ne mange de viande, cela voudra dire que le monde aura changé" me direz-vous. Oui. Mais non. Cela voudra seulement dire qu'on sera passé d'un extrême à l'autre sans chercher les solutions au milieu. Et moi, c'est justement les solutions au milieu qui m'intéressent.
Reprenant le principe de base que même si l'on voulait tous devenir antispécistes il faudrait des années pour y arriver, pourquoi ne pas simplement appliquer les idées sans pour autant tous devenir antispécistes ? Comment, de "engloutisseurs de barbaque incontrôlables qui laissent crever 4/5 de sa population tout en l'exploitant" on passe à "gentils humains respectueux de la biodiversité qui ne produiront plus des milliers de tonnes de bouffe qui finiront à la poubelle tout en s'occupant des 4/5 de laissés pour compte qui pourraient largement être nourris sans être exploités" sans passer par la case "on bouffe plus de viande".

Alors, comment ?

jeudi 5 mai 2016

Lettre ouverte à Madame El Khomri.

Madame la Ministre,

J’observe de loin, depuis quelques temps, l’agitation qui gronde autour de votre projet de loi. Le débat fait rage, le peuple s’approprie la rue, les députés n’en veulent pas, la violence augmente et vous évoquez la possibilité d’un 49-3.
Oui mais voilà, vous êtes coincée. Si la loi ne passe pas ce sera un échec, telle la déchéance de nationalité qui nous aura causé bien des polémiques pour au final : rien. Et si vous passez en force, vous devrez vous préparer à faire face au tremblement de terre qui sommeille derrière le grondement. Il ne vous reste alors plus qu’une solution : convaincre l’Hémicycle du bien fondé de votre projet. Et la tâche n’est pas aisée.

Je dois vous avouer, Madame la Ministre, que de mon regard lointain, votre petite réformette me fait doucement sourire. Je vous le concède, à votre niveau cela n’a rien d’une réformette, c’est même une vraie réforme portée à bouts de bras et défendue corps et âme depuis plusieurs semaines. Mais à l’échelle du Gouvernement, ce n’est qu’une goutte d’eau dans un verre bien vide. Car c’est l’impression que vous donnez, vous, les « Décideurs ». Chacun fait son petit plan dans son coin sans jamais demander son avis à son voisin. Sauf qu’un pays, ce n’est pas chacun qui réfléchit à sa petite affaire comme il a envie sans consulter les autres. C’est un effort commun pour aller dans la bonne direction.

C’est pourquoi, Madame la Ministre, je ne crois pas en votre projet. Ou en tout cas, je ne crois pas en votre projet seul, perdu en Atlantide si j’ose dire. Je ne vous ferai pas l’affront de vous asséner les habituels arguments que vous entendez à longueur de temps depuis l’annonce de cette loi. Non. Ma vision est bien plus globale que cela. Car l’accès au travail, ce n’est pas seulement l’accès au travail. C’est l’accès au logement, aux soins, aux activités extra-professionnelles, à la consommation et à tout ce qui fait que vivre n’est pas survivre. Tout ce qui fait que chaque proposition et décision devrait être pensée en concertation avec l’ensemble et non pas comme un pansement sur une plaie ouverte tandis que l’hémorragie interne s’étend.

Je comprends que les gens voient cette réforme d’un mauvais œil. Vous affirmez vouloir protéger les salariés sans pour autant leur donner les clés qui aideront à leur succès. Pourquoi alléger les conditions de licenciements sans, de l’autre côté, faire de même pour les conditions de démissions ? Vous semblez vouloir mettre de côté volontairement un point qui me parait essentiel : avoir un CDI n’est pas la garantie d’un bonheur immuable, surtout vu la tournure que prend le marché du travail pour les années à venir tandis que vous ajoutez des taxes sur les CDD. Beaucoup de salariés ne sont pas heureux dans leur travail. Aussi bien à cause des conditions qui leur sont imposées que de par la nature même de ce travail. Nombreux sont ceux qui souhaiteraient opérer une reconversion mais dans la conjoncture actuelle, avec un niveau de chômage si élevé, décider volontairement de quitter son emploi est vu comme une folie qui va même jusqu’à la stigmatisation. Et les Institutions elles-mêmes font tout pour dissuader le peu de gens qui réussissent à prendre leur courage à deux mains pour tenter leur chance. Vous souhaitez donner plus de flexibilité aux entreprise. Très bien. Mais ne pensez-vous pas, alors, que donner également plus de flexibilité aux salariés serait tout aussi légitime, afin de permettre à certains de laisser la place à d'autres ? Nous ne vivons plus à l'époque de nos parents, Madame la Ministre. Les estimations nous disent qu'à l'avenir une personne occupera en moyenne 3 à 5 postes différents au cours de sa carrière. Pourquoi vouloir à tout prix continuer à nous enfermer dans un schéma obsolète ?

Vous mettez en place le Compte Personnel d’Activité mais durcissez les conditions d’accès aux formations. Vous instaurez la nouvelle Prime d’Activité mais limitez son attribution. Vous voulez pousser l’apprentissage mais modifiez les conditions de travail des apprentis. Et regroupant tout ça, Madame la Ministre, quid des étudiants-salariés ? Je souhaiterai moi-même reprendre des études à la rentrée 2016. Ayant plus de 26 ans, après un rapide calcul, l’idée de me lancer a à peine eu le temps de m’effleurer que déjà je pensais à abandonner. Est-ce normal que, sous prétexte d’être Etudiant, une personne n’ait pas le droit aux mêmes prestations sociales pour le même nombre d’heures travaillées qu’une personne qui ne l’est pas ? Et je dis bien « nombre d’heures travaillées » car je ne compte même pas les heures de cours et le travail à fournir à côté pour espérer obtenir son diplôme dans des conditions pareilles. Est-ce encourager les gens que de leur dire « Faites plus et vous aurez moins » ? Est-ce là la façon dont vous traitez l’avenir de votre pays et de vos citoyens ?

Oui, votre petite réformette me fait sourire. Mais ce n’est pas que vous, Madame la Ministre. Oh non. C’est l’ensemble du fonctionnement actuel et dépassé des Gouvernements en place depuis 30 ans qui me fait sourire. Vous savez, en français on a pour habitude de dire « prendre un risque » quand dans les pays anglo-saxons on dira « take a chance ». Cette expression démontre à elle seule que dans notre pays tout changement est perçu comme un potentiel risque plutôt que comme une opportunité, ce qui nous empêche bien souvent d’aller au fond et au bout des choses. Je trouve cela bien dommage et dommageable pour l’évolution de notre nation.

Décidément, la France a bel et bien raté son entrée dans le XXIème siècle.

vendredi 29 avril 2016

Précarité.

Ou comment la France aime et encourage tellement ses étudiants qu'elle les maintient sous le seuil de pauvreté.

 

Hier, j'ai pris une décision : retourner sur les bancs de la Fac, comme la petite étudiante que j'étais il y a encore 10 ans. Mais depuis j'ai travaillé et j'ai surtout vieilli. Je ne suis plus une jeunette qui vient de passer son BAC et formule ses vœux sur le nouveau portail APB (Admission-postbac, ndlr), comme me le rappelle d'ailleurs gentiment le site en m'informant que vu mon parcours atypique, il vaut mieux "voir directement avec l'établissement visé".

Ma situation n'étant pas des plus stables en ce moment (recherche de boulot, bagarre avec Pôle Emploi, attente interminable de la CAF et autres joyeusetés), il était bien naturel que la suite de l'aventure m'amène à voir comment financer cette décision.


Ni une, ni deux, je charge mon ami Google de me filer un coup de main.
Quelques "bourses" (trop vieille), "RSA étudiant" (impossible), "Prime d'activité" et le tout combiné "étudiant salarié prime d'activité/RSA" plus tard, le couperet tombe : reprendre des études passé 26 ans quand t'as un loyer à payer "Mais quelle idée, nous allons t'en dissuader voyons, il fallait y réfléchir avant".

Autrement dit, reprendre des études à 30 ans, c'est savoir d'avance que tu vas vivre dans la précarité pour toute la durée de ton diplôme, et le tout dans la joie et la bonne humeur en te crevant la santé plus de 60 heures par semaine. Et ça, si bien-sûr tu as réussi à justifier au juge pourquoi tu ne voulais pas intenter un procès à tes parents pour les forcer à te verser une pension alimentaire quand t'as rempli le Cerfa pour avoir droit à la Prime d'activité.
Prime d'activité qui, bien évidemment, ne te sera versée que si tu travailles et touches au minimum 893,25€ net par mois. Ce qui ramené au taux horaire du SMIC correspond à peu près à 78%, soit 27h par semaine (un peu moins pour les chanceux qui réussissent à négocier un taux plus haut). Ajoutons à cela les 25 heures de cours et les heures passées à bosser, réviser...
Et tout ça, sans compter que comme tu n'as pas droit aux minima sociaux seuls, tu peux dire "Adieu veaux, vaches, cochons, complémentaire santé, transports gratuits et réductions diverses". Tu peux aussi presque dire adieu à tes APL car vu ce qu'il en reste, ils ne te verseraient plus rien que ça ne changerait pas grand chose...
Oh pardon, j'allais oublier. On est bien d'accord que ça c'est la version la plus enviable, voire idyllique de la situation ? Parce que soyons honnête, trouver un employeur qui accepte de te faire un planning au poil avec tes horaires de cours mais avec autant d'heures et de trous... C'est quasi mission impossible. C'est bien simple, en France cela ne représente que 12% des étudiants dont une grande partie "par défaut" puisque 78% du SMIC, c'est ce que touche un apprenti de plus de 21 ans en 3ème année. Les autres se partagent les miettes.
Sans oublier qu'à 30 ans, t'es censé devenir actif, réaliste, avoir un peu plus les pieds sur terre... Mais non ! Toi tu es un artiste, un vrai, un pur, et tu as l'audace de vouloir te former à un métier qui ne t'amènera que plus de précarité accompagné d'un statut sans cesse remis en cause : Intermittent du spectacle ! Tu parles d'une hérésie ! Non seulement tu veux reprendre des études mais en plus tu commets l'impair de ne pas choisir une formation qui débouche sur un secteur qui recrute, d'avoir des Rêves... Prépare toi déjà à en chier encore plus avant même d'avoir commencé.

Certains se diront "Oui, mais quand même, la France est généreuse, dans d'autres pays il n'y a pas tout ça, on devrait déjà s'estimer heureux". Et je serai d'accord, dans l'idée. Oui, ailleurs il n'y a pas tout ça. Mais ailleurs ils font avec d'autres problèmes et d'autres solutions. Cette comparaison permanente pour savoir quel pays a le meilleur taux de ceci, les meilleures solutions à ça, m'agace. Je ne vois pas pourquoi on devrait se contenter de ce qu'on nous donne et qui ne fonctionne pas sous prétexte que d'autres ont encore moins. Quand on vit dans le pays qui s'autoproclame "Pays des droits de l'Homme", prônant "Liberté, Egalité, Fraternité" sur les frontons des mairies, on s'attend à un minimum. Et on déchante vite quand on se rend compte que chaque décision est soit disant prise pour la majorité mais qu'on y rajoute tellement de conditions d'âge, de revenu, de temps de travail, de composition du foyer, de si vos parents vous donne une pension, de si vous avez une épargne et autres conneries en tout genre, qu'au final, plus de 80% sont laissés sur le bord de la route. Elle est belle la France. Elle est grande la France. Elle aide son peuple la France. Mais elle choisit qui est ce peuple.

Comme dirait Sarko, faut vraiment "avoir rien dans le cerveau".
Oui, pour rêver et espérer un meilleur avenir, un avenir qui nous plaise, nous motive, nous inspire, nous [r]éveille, nous épanouisse, qu'on a décidé, choisi, assumé et qu'on ne subira pas, il faut vraiment être con au point de croire qu'on a encore le choix...

Et moi, je suis la reine des Connes.

mardi 4 août 2015

Réseaux Sociaux.

Ou l'importance de comprendre que l'on n'est pas grand chose.

Vous avez encore posté une superbe photo aujourd'hui et envoyé un tweet plein d'humour à votre personnalité préférée. Hier, le statut qui disait que votre tortue a finalement bien mangé sa salade verte vous paraissait la chose la plus importante à crier au monde entier. Malheureusement, une fois de plus, vous n'avez pas eu le nombre de likes que vous espériez, votre tweet est resté sans réponse et votre tortue n'a même pas appelé un petit commentaire.

Ah!, cette communication facile, ce rapprochement avec tout le monde, cette connexion disponible partout, tout le temps, ces gadgets high-tech qui nous simplifient la vie, ce savoureux mélange de "je suis pas là, mais en fait je suis là", la rencontre avec l'homme/la femme de votre vie de l'autre côté du globe...
Cette magnifique invention que l'on nomme Internet.
Internet, c'est pratique. Quand on veut bien se donner la peine on apprend plein de choses, quand un sujet nous passionne on rencontre plein de gens, quand on cherche quelque chose c'est rapide.

Et puis à côté de tout ça, il y a les Réseaux Sociaux. Facebook, Twitter, Pinterest, Flickr, Google+... et tout autre site de partages. Tous ces réseaux qui  nous permettent d'être en connexion permanente avec des milliers de gens et qui nous donnent envie de partager le moindre moment, même le plus insignifiant, de notre existence. Et quand cette accumulation de messages sans importance commence à ressembler à votre journal intime et qu'il n'y a pratiquement plus que vous pour les voir, il est enfin temps de réaliser que finalement, vous aurez beau avoir des milliers d'amis virtuels, votre vie n'est pas plus intéressante que celle d'un autre.

mercredi 22 juillet 2015

He for She.

Quand l’Égalité n'est pas qu'une question de Femmes.

Cela fait un moment que je pensais à faire un billet sur le sujet mais je ne sais pas pourquoi, ça a traîné. Et puis aujourd'hui, un débat sur Twitter a relancé la machine et je me suis dit qu'il était enfin temps.

Si vous avez lu mon article sur les Films de Femmes, vous savez que je ne suis pas particulièrement féministe. Ou du moins, je ne me reconnais pas dans la définition qu'on donne au Féminisme de nos jours que je trouve plutôt péjorative à cause de certaines personnes ou actions et qui a fini par devenir un fourre-tout qui ne veut plus vraiment dire grand chose. En revanche, je suis une HeForShe.

Mais HeForShe, kézako ?


Etre HeForShe c'est tout "simplement" comprendre qu'être un homme ou une femme c'est avant tout être un être humain. Avec les mêmes droits et les mêmes chances. Etre HeForShe c'est se dire que si l'on met les femmes dans des cases, alors les hommes aussi ont les leurs. Car si une femme doit faire ça, un homme ne doit pas le faire, et inversement. Malheureusement, sur notre belle planète, ces idées ont la dent très dure. Non, tous les danseurs et coiffeurs ne sont pas gays et non, toutes les mécaniciennes et plombières n'ont pas pour objectif de castrer les hommes en "leur piquant leur boulot".
On se souvient encore de la polémique sur l'ABCD de l’Égalité que le Gouvernement a voulu mettre en place en 2014. Cela partait d'un bon sentiment et l'initiative était louable. Dommage que la Ministre n'ait pas tenu la barre du navire contre vents et marées et que quelques opposants aient réussi à la dissuader de poursuivre sur cette mer qui aurait pourtant été une magnifique aventure.

Etre HeForShe, c'est réaliser que chacun a le droit de pouvoir être qui et ce qu'il a envie d'être, sans distinction de genre et sans qu'on vienne lui souffler à l'oreille depuis sa plus tendre enfance que le rose c'est pour les filles et le bleu pour les garçons.

Etre HeForShe, finalement, c'est dire aux hommes que se battre aux côtés des femmes pour les libérer de leurs carcans les libèrera eux aussi de ce que la société veut leur imposer depuis des siècles. Un homme, c'est fort et ça ne pleure pas.
Ou pas.



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